petites morts sans importance
&
poésie de supermarché

 

 

après ça

Tu souris bêtement, ton lourd sexe fièrement dressé. Tu sais que sa taille, son volume suffisent. Tu n’as aucun effort à fournir une fois ton pantalon baissé. Alors tu souris avec suffisance, certain de n’avoir d’autre retour qu’une bouche humide ou un cul offert.
Pourtant rien n’est beau dans ces attributs dont la seule disproportion confondent la surprise avec le désir. Tu ne dévoiles rien, tu t’exhibes, fier de cette particularité, fruit d’une probable tare génétique. Qu’importe ! Ils sont là à genoux, bave aux lèvres, oeil lubrique idolâtrant le phallus que tu arbores comme le saint graal.
Les voilà qui s’activent introduisant la chose, bouche grande ouverte, dans un va et vient mécanique où la sensualité n’a pas droit de cité. A chaque enfoncée, leurs yeux larmoyants sortent un peu plus de leur orbite sous l’effet d’un réflexe vomitif. Tu t’amuses à les maintenir ainsi au bord de l’asphyxie. Il s’écartent violemment pour reprendre leur souffle puis une grande inspiration avant l’apnée. Ils te dévorent et tu les gaves comme des oies. Plus rien de toi n’existe en dehors de ton sexe. Les contempler ainsi à la merci de ton arme te fascine. Leur salive dégouline le long de leur menton, recouvrant leur cou dont tu aperçois les veines turgescentes au bord de la rupture. Tu les insultes pour les encourager à engouffrer quelques centimètres de plus. Ils te répondent par un râle visqueux et un regard reconnaissant de l’humiliation suprême que tu leur fais subir.
Pour te remercier ou reprendre le contrôle, ils accélèrent le mouvement, s’aidant de leurs mains dans une fin de course désespérée. Ils t’implorent de jouir, de cracher ta substance laiteuse, de nourrir leur avidité.
Tu t’exécutes sans crier gare en clouant leur face à la garde de ton épée. Ils sont là prisonniers de tes mains derrière leur nuque, manquant de s’étouffer à chacune de tes giclées, s’activant sur leur sexe, suppliant de garder le tien en bouche jusqu’à leur propre jouissance.
Tu les libères enfin. Les corps se séparent, épuisés. Ils sourient satisfaits, tu souris sans savoir pourquoi. Puis, ils se rhabillent dans un silence qui se marie avec le vide, en te faisant dos.
Avant de partir, ils regardent une dernière fois ton entrejambe où gis ton sexe encore gonflé des restes de la grosse bouffe. Certains le contemplent comme une performance, un trophée sans nom dont le souvenir s’effacera une fois leur mâchoire moins douloureuse, d’autres comme le mensonge d’une autre vie. Sitôt la porte de ton appartement claquée, ils redeviennent un fils, un père, un mari, un collègue de travail au quotidien prévisible, aux désirs conventionnels et aux bonnes manières affichées. Des gens qui ne font pas de bruit ou seulement dès lors qu’il s’agit d’affirmer une position toute judéo chrétienne sur les sujets sociétaux.
Une fois seul, comme de coutume, tu te posteras devant le grand miroir un long moment, le temps que les minutes écrasent un peu plus ta carcasse voutée. Puis, tu allumeras une cigarette en la tenant délicatement, dans une gestuelle féminine assumée et, derrière les volutes de fumée, tu fixeras le regard de l’enfant solitaire qui rêvait d’un meilleur ami. Après ça.