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petites morts sans importance & poésie de supermarché
la douche
La pointe de mon index abîmé suit le trajet de l'eau notant au-dessus du téton quelques petits boutons imperceptibles à l'oeil, rejoint le diaphragme et se laisse emporter jusqu'à mon nombril suivant une ligne droite exacte. Il s'y attarde longuement, le massant par de petits mouvements circulaires. Puis, la paume de la main s'écrase sur mon bas ventre et saisit la face interne de la cuisse gauche, mon auriculaire frottant au passage contre la base de mon pénis. La main tourne jusque derrière l'articulation de mon genou. Je me laisse tomber en prière.
Ma main gauche caresse maintenant mes côtes, la crête de ma hanche. Je ressens toutes ces protubérances douloureuses et morbides comme autant de vie. Je pose mon menton contre le haut de mon torse, l'eau m'empêche de respirer, je dois ouvrir la bouche en grand. J'halète comme si je venais de courir très vite, en fuite. Mais mon coeur bat paisiblement.
Le rideau de douche vient se coller contre moi, son contact est désagréable, je le plaque contre les parois de la baignoire, contrarié un bref instant. Puis, je ferme à nouveau les yeux. Tout me semble à présent très clair, si aisé à comprendre et à accepter. Je souris. Je ne compte plus les secondes. Maintenant le temps s'écoule avec l'eau, emportant tout.

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