|
petites morts sans importance & poésie de supermarché
les amants astronautes
Invariablement, nous fermions la journée par un « à bientôt », sans aucune promesse. Et nous nous retrouvions comme une évidence, chaque matin, sur la dune dans un recoin protégé du vent par quelques herbes sauvages. Le premier sur place ne se retournait jamais à l'arrivée de l'autre qui venait s'assoir comme s'il rentrait de sa baignade. Nous étions là, si près, à quelques centimètres, souriant de nos baisers imaginaires, caressant l'ombre de l'autre sans jamais le toucher, conscients de la fragilité de ce fil qui nous reliait. Nous ne prétendions à rien de sérieux, ni de douloureux : être simplement assis côte à côte suffisait à nourrir notre désir tout en le contenant, condition sine qua non à sa survie.
Face à l'horizon dont nous ne distinguions plus la ligne de mariage entre le ciel et la mer, spectateurs de la vie qui fourmillait en contrebas sur la plage débordant de rires et de cris, nous nous savions étrangers, échoués depuis une autre planète. Aux mots bruyants, nous préférions les regards, la course lente de nos expirations, le doux tambour des battements de l'organe que nous évitions soigneusement de nommer.
La journée se terminait avec le réveil de la lune que nous vénérions. Nous étions l'un pour l'autre cet astre, si proche et pourtant inaccessible, dont nous ne contemplions que la face éclairée par la lumière déclinante. Nous rêvions de voyages impossibles, inventant des fusées improbables, dessinant sur le sable une base tournesol qui n'abritait qu'une seule chambre. Libérés de toute gravité, nous mimions nos sorties dans l'espace, lents et patauds. Tournoyant, nous faisions mine de nous prendre dans les bras mais sans contact aucun de nos corps, respectant méticuleusement l'épaisseur de nos combinaisons invisibles. Et dans cette valse sans musique, nous nous envolions quelques secondes durant.
Je me souviens de ta peau parfumée par le soleil, de la tendresse silencieuse, de cette attente qui n'en était pas. Mon amant astronaute.
(Librement inspiré de LES AMANTS ASTRONAUTES / M. BERGER / 2024)

| |