petites morts sans importance
&
poésie de supermarché

 

 

les 12 salopards : Benjamin

 

 

Comment vous faire comprendre, sans vous offenser, que votre beauté ne vous donne aucunement l'avantage. Lorsque vous m'êtes apparu au fond de la rame du métro, mon regard était déjà distrait par un homme plus âgé, bedonnant et aux goûts vestimentaires expérimentaux des plus douteux. Mais quelque chose de particulier a alors attiré mon œil sur vous. Je vous ai dévisagé de la tête aux pieds sans que vous ne me prêtiez aucune attention. J'ai objectivement apprécié votre tenue parfaite qui laissait deviner un corps des plus agréables. Je n'ai rien omis depuis votre décoiffage organisé jusqu'à votre joli cul dans son pantalon moulant fort à propos. J'ai aussi beaucoup aimé votre barbe savamment ensauvagée que l'éclairage des néons teintait de roux.
Mais plus que ces trophées inaccessibles pour l'anonyme que je suis resté, ce sont vos yeux qui m'ont captivé ou plus exactement l'expression de votre regard sombre et fixe. Je ne saurais dire s'il exprimait de la fatigue ou une tension que j'imagine sexuelle. Sans prétention aucune sur un hypothétique espace à occuper dans votre vie, je me suis contenté de m'inviter à une promenade en votre compagnie mais à distance, le temps d'une marche sur la grande avenue, de l'autre côté du trottoir.
A quelques mètres de la pluie, le fond de l'air était exceptionnellement doux ce soir là et je me suis surpris à ressentir le plaisir étrange et paradoxalement si familier de vagabonder avec un parfait inconnu.