petites morts sans importance
&
poésie de supermarché

 

 

les chiffres, le coeur, la raison et des rêves

 

 

2-1=1.

J'ai appris la solitude à la manière d'une table de multiplication. 1 c'est un chiffre un peu bizarre, pas très joli, qui évoque dans son dessin la psychorigidité ou l'érection d'un phallus. Vu l'état de ma prostate, je me limiterai à la psychorigidité. Et puis, le 1 avec le 0, c'est du binaire : basique, mais en même temps à la source de tout. Avec des 1 et des 0, les physiciens vous prouvent l'existence des martiens. Je suis moi-même très basique et mon échouage en maillot sur une plage est un parfait remake d'une invasion extra-terrestre dans un mauvais épisode d'une improbable serie Z. En mathématiques, 1 n'est pas un nombre premier, mais c'est un entier. Quoi qu'en disent les rares survivants n'ayant pas succombé à un supra orgasme biliaire lors de mon apparition divine hors de l'eau, citée plus haut, je ne suis amputé d'aucun organe : l'absence de relief au niveau de mon entrejambe n'est ici qu'un détail destiné à tromper l'adversaire. 1 n'est pas une moitié, ni d'orange, ni de citron, il est seul. Le suis-je tout autant que lui ?

Dans quelques minutes, je regagnerai ma couette "Groïetchrog", de chez Ikéa, avec cette certitude, rarement mise à défaut, que je trouverai très vite le sommeil et ses rêves toujours fantastiques. Nu, car le port du pyjama provoque chez moi d'obscures crises de ballonnements, je me coucherai d'abord sur le coté droit. Puis, après trois minutes d'attente, je me tournerai vers la gauche, au bord du lit, en calant l'autre oreiller, celui de ce compagnon que je n'ai pas, entre mes genoux. Rassuré par cette masse entre mes cuisses, je regarderai vers la fenêtre dont je ne ferme plus les volets. A défaut d'un Roméo pour me chanter la sérénade sous le balcon, je m'imaginerai toucher la couille de Dieu dont je me sens plus proche depuis que je vis en étage. Je ressasserai encore quelques vieux couplets obsessionnels sur ce qui fut et n'est plus. Mon coeur battra un peu plus fort. Enfin, je me convaincrai que, tous comptes faits, ce n'est pas plus mal : le néant, ce n'est pas cette solitude là, c'est de ne pas en avoir conscience. Et quant à l'Amour, objet des mille ambivalences d'une vie, ce n'est pas de le posséder qui compte, c'est de savoir qu'il existe. Même dans le lit d'un Autre que je ne suis pas.

Deux minutes plus tard, le sourire aux lèvres, je serai déjà en train de dormir.