Petites morts sans importance
&
poésie de supermarché

 

 

n°43 les minotaures

J’ai suivi tes pas dans la neige et je me suis rendu compte que tu n’y étais pas. Manquant de choir tel un enfant qui apprendrait à marcher, j’ai pris le chemin verglacé où, hier encore, je cueillais quelques baies sauvages. M’enfonçant dans les bois, je me suis inventé un labyrinthe sans autre fil d’Ariane que ton souvenir. J’aurais pu tisser de mes chimères une paire d’ailes et m’envoler, toucher le ciel quitte à m’écraser, mais c’est du ciel justement que je suis tombé, tout en douceur, sur le blanc manteau, sans rien me briser, ni même ressentir le froid. Et dans ce dédale glissant, là où la raison épouse le cœur, je suis devenu à mon tour Minotaure. Ce monstre, superbe, que tu fus jadis pour moi. J’ai suivi tes pas dans la neige, quelques traces éphémères qui disparaîtront à la prochaine chute de flocons ou avec l’arrivée des beaux jours, quand le soleil me tirera du long sommeil vers la chaleur de l’été nu. Mais je me rendrai compte alors, que c’était sur le sable brûlant que j’avais suivi tes pas pour la première fois.