Petites morts sans importance
&
poésie de supermarché

 

 

n°48 sans faire de bruit

Dans une ultime tentative illusoire pour préserver ce qui ne sera déjà plus depuis longtemps, ils mettront cela sur le compte de la vieillesse, l'usure du temps, la faute à l'inéluctable. Par politesse, ils éviteront de se dire les mots qui fâchent afin de garder le souvenir d'une belle histoire. Ou, plus simplement, ce silence ne sera qu'une nouvelle figure imposée parce qu'ils n'auront plus rien à se dire d'autre que les banalités que l'on réserve aux inconnus familiers du quotidien : discuter du soleil et de la pluie, des collègues et des voisins, de toutes ces choses et de tous ces gens qu'ils ne sont pas et qui leur signifieront la distance de leurs existences respectives. Parfois, dans un dernier sursaut d'une complicité retrouvée, ils se surprendront à rire comme avant, mais sans savoir avant quoi et, dans le regard échangé, la nostalgie aura définitivement effacé le présent et l'avenir. Ainsi, passée cette escapade interdite, ils s'oublieront à nouveau, avec résignation, las de ne pas connaître le pourquoi. Il leur faudra alors s'extraire physiquement l'un de l'autre, reprendre une route propre et accepter de ne pas se retourner. Mais un sentiment perdurera, sous la surface et ce ne sera que plus tard, plus loin, qu'ils comprendront. Peut-être. Cela est arrivé, sans faire de bruit.